"Tout le monde regarde la Coupe du Monde tandis que Gaza saigne ! Personne ne se lĂšve, personne ne se lĂšve pour Gaza... Jusqu'Ă quand ? Le monde entier dort, tous les Arabes dorment, et Gaza saigne... Dieu nous suffit, et quel excellent protecteur ! Dieu nous suffit, et quel excellent protecteur !"
Mes frĂšres, je nâaime pas attiser les Ă©motions si elles ne sâaccompagnent pas dâaction, dâorientation ou de renforcement dâun sens. Car lâĂ©motion, laissĂ©e Ă elle-mĂȘme, peut se muer en frustration et en dĂ©sespoir, puis en fuite et en oubli. Câest pourquoi nous ne multiplions pas la diffusion des dĂ©tails de ce qui se passe Ă Gaza, non pas parce que la blessure est refermĂ©e, mais parce que si la douleur nâest pas transformĂ©e en prise de conscience ou en action, elle devient un fardeau pour les Ăąmes plutĂŽt quâun apport.
Je ne suis pas non plus ici pour parler de football, ni de son rĂŽle Ă endormir les peuples et Ă les dĂ©tourner de leurs causes majeures, ni Ă glorifier ses joueurs alors que la Oumma a besoin de hĂ©ros sur dâautres terrains.
Nous publions ce genre de message pour dire Ă quiconque a le cĆur vivant parmi les musulmans : ne laissez pas vos frĂšres de Gaza croire quâils sont abandonnĂ©s, ne les laissez pas ressentir un dĂ©sespoir total et une exclusion Ă©crasante. Ne leur montrez pas que les matchs sont commentĂ©s avec enthousiasme, que les analyses sont rĂ©digĂ©es avec soin, que la joie est exprimĂ©e sans retenue, tandis que leurs nouvelles, leurs souffrances, leur blocus, leur faim et leur sang passent comme une affaire lointaine qui ne nous concerne pas. Cela leur est extrĂȘmement douloureux.
Et si nous supposons que nous sommes vraiment incapables de beaucoup de formes dâaide immĂ©diate â bien que cette impuissance ne nous dispense pas de travailler Ă construire les moyens dâune aide sur le long terme â, ce nâest pas le moins que nous puissions faire que de leur rĂ©server dans nos cĆurs et dans notre rĂ©alitĂ© une place visible dâempathie, dâattention, de rappel et de sentiment partagĂ©, comme un seul corps : si un membre souffre, les autres membres sâunissent Ă lui dans lâinsomnie et la fiĂšvre.
Si lâon nous dit : "Nous avons tant compatis que nos larmes se sont taries, nous avons tant souffert que nos cĆurs se sont Ă©puisĂ©s", ce nâest pas ce qui est attendu. Ce nâest pas une tristesse qui vous Ă©puise et vous pousse Ă fuir qui est recherchĂ©e. Ce qui est attendu, câest que vos frĂšres sentent que vous continuez Ă les voir, Ă vous souvenir dâeux, Ă porter leur souci et Ă les soutenir comme vous le pouvez, ne serait-ce que par la parole, ne serait-ce que par le rappel, ne serait-ce que par le refus de participer Ă un spectacle qui donne lâimpression que la Oumma les a oubliĂ©s.
La question, mes frĂšres, nâest pas une simple "manie de rĂąler", mais câest la vie mĂȘme du cĆur et lâappartenance Ă la Oumma islamique. Sans elle, la vie ne devient ni agrĂ©able ni porteuse de sens. Il nây a aucune valeur virile Ă remplir le monde de publications le jour oĂč Gaza fait les tendances, puis Ă lâoublier dĂšs que ses publications ne gĂ©nĂšrent plus assez dâinteractions.
Imaginez ceux qui ne partagent pas notre foi, mais qui Ă©lĂšvent encore la voix pour soutenir Gaza. Imaginez ce quâils pensent en voyant les musulmans eux-mĂȘmes avoir baissĂ© le ton, sâĂȘtre dĂ©tournĂ©s de leurs frĂšres ! Quel message envoyons-nous Ă Gaza ? Quel message envoyons-nous au monde ? Que reste-t-il du concept dâun seul corps si le membre blessĂ© crie tandis que le reste du corps cĂ©lĂšbre ?
Et que la paix soit.