Mariages consanguins : entre autorisation religieuse et données médicales
Un étudiant en médecine m’a contacté pour l’aider à dissiper un doute qui le tourmentait. Je lui ai répondu, il a été convaincu et son cœur s’est apaisé, louange à Dieu. J’ai donc souhaité partager avec vous la question et la réponse afin que le bénéfice en soit généralisé.
L’étudiant écrit dans son message :
« Je suis étudiant en faculté de médecine. Une interrogation, née de mes études sur les gènes et les maladies génétiques, s’est malheureusement enracinée en moi au point de devenir un doute qui perturbe mon sommeil et me suit partout. En résumé, ce doute est le suivant : comment l’islam a-t-il pu autoriser l’ouverture de la porte des mariages consanguins alors que la science prouve de manière irréfutable qu’il s’agit d’une cause majeure de l’aggravation des maladies génétiques (troubles autosomiques récessifs) et de la transmission de préjudices aux générations futures ? »
Il ajoute :
« Ce n’est plus un simple débat académique pour moi, cela a commencé à gâcher ma joie dans l’adoration et ma dévotion… Je sais que l’autorisation ne signifie pas l’obligation, mais pourquoi la loi religieuse n’a-t-elle pas fermé cette porte ou n’a-t-elle pas explicitement mis en garde contre elle, alors que le danger est probable et observable ? »
Je répondrai à cette question en plusieurs points, dont le dernier est le plus important.
1. Lecture précise des statistiques médicales
D’un point de vue statistique, les études indiquent une augmentation limitée des maladies génétiques récessives chez les enfants issus de mariages entre cousins germains (mariages de cousins au premier degré) : le taux passe d’environ 1,7 % à 2,8 %, soit une hausse inférieure à 3 % par rapport à la moyenne de la population générale.
Cela signifie que plus de 97 % des enfants issus de mariages consanguins naissent sans ces maladies. Est-il alors judicieux, sur le plan législatif, d’interdire une large porte de bénéfices sociaux pour une augmentation statistique aussi limitée ?
2. Logique de la législation et gestion des risques
Demandez-vous : l’islam devrait-il interdire toute action susceptible d’augmenter le risque d’une maladie ? Si nous suivions cette logique, il faudrait aussi interdire le mariage après quarante ans, car les risques de maladies chromosomiques (comme la trisomie 21) augmentent. Il faudrait aussi interdire le mariage avec des personnes atteintes de diabète ou d’obésité, car les complications de grossesse sont plus fréquentes chez elles.
Et sans même parler de grossesse, il faudrait interdire les métiers de la médecine et des soins en raison du risque d’infection, ainsi que la conduite automobile en raison des accidents ! La charia fonde ses jugements sur la prédominance du préjudice et laisse aux actions permises une marge de manœuvre pour les êtres humains.
3. La limite de l’interdiction
Si nous disons que le mariage entre cousins germains augmente légèrement le risque, tandis que celui entre parents plus éloignés le réduit, quelle est la limite à partir de laquelle la charia devrait interdire le mariage pour être considérée comme « équitable » ? Faut-il s’arrêter à un taux de 2 % ou 1 % ? Le mariage comporte en général un risque de troubles, alors la sagesse commande-t-elle d’interdire le mariage absolument à cause de ces pourcentages ?
4. Examens médicaux et progrès scientifique
Aujourd’hui, grâce aux examens disponibles, les proches comme les non-proches peuvent recourir à une « consultation génétique » (counseling génétique) avant le mariage. La charia établit des règles générales valables pour tous les temps et tous les lieux ; elle ne se base pas sur des avancées technologiques qui n’existaient pas au moment de sa promulgation. La charia a posé le principe d’autorisation et a encouragé les humains à rechercher le savoir et à prendre les précautions nécessaires, y compris les outils de dépistage modernes.
5. Intérêts sociaux et humains
L’autorisation des mariages consanguins prend en compte des besoins et des circonstances sociales. Fermer totalement cette porte créerait une difficulté législative et une contradiction avec la réalité humaine, notamment dans les tribus et les régions géographiquement isolées.
Ce type de mariage a aussi des dimensions humaines : un homme peut épouser la fille orpheline ou veuve de son cousin pour la protéger et préserver sa dignité, ce qui est un intérêt social bien plus important qu’une augmentation limitée du risque de maladie. Par ailleurs, l’islam a élargi le cercle des unions licites pour couper court aux relations illicites. Celui qui souhaite épouser une parente dont il est épris doit le faire par les voies légales :
« Ils t’interrogent sur les phases de la lune. Dis : "Elles servent à fixer les temps pour les gens et pour le pèlerinage." L’innocence ne consiste pas à entrer dans les maisons par l’arrière, mais la piété consiste à craindre Dieu. Entrez donc dans les maisons par leurs portes. Et craignez Dieu, afin que vous réussissiez ! » (Coran, 2:189)
6. L’autorisation ne signifie pas une recommandation absolue
La charia n’a pas ordonné les mariages consanguins, elle les a simplement autorisés. Il y a une différence majeure entre l’autorisation et l’obligation. Certains juristes musulmans ont même recommandé de « diversifier les unions » (en épousant des personnes éloignées) pour éviter d’affaiblir la descendance. On rapporte qu’Omar ibn al-Khattab, qu’Allah soit satisfait de lui, a dit aux membres de la famille d’al-Sa’ib : « Vous vous êtes affaiblis, mariez-vous parmi les étrangers » (c’est-à-dire épousez des personnes éloignées pour éviter d’affaiblir la descendance).
7. Le concept d’épreuve et de destin
La naissance d’un enfant malade – qu’il s’agisse d’un mariage consanguin ou non – ne sort pas du destin et de la sagesse de Dieu. L’obligation religieuse consiste à prendre soin de cet enfant, ce qui fait partie des épreuves par lesquelles Dieu teste la patience et la gratitude de l’être humain :
« C’est Lui qui a créé la mort et la vie pour vous éprouver et savoir qui d’entre vous est le meilleur en œuvres. Et c’est Lui le Puissant, le Pardonneur. » (Coran, 67:2)
8. Fondement méthodologique dans la gestion des doutes
Et voici le point le plus important : celui qui fonde sa certitude en islam sur des bases solides ne sera pas ébranlé par les doutes, car il ramène le vague au clair. Le principe selon lequel une simple interrogation peut ébranler votre foi signifie que « la table de votre foi » n’est pas solide.
Le problème vient souvent d’un système éducatif qui ne construit pas cette foi solide ni les bonnes méthodes de réflexion. Au lieu de faire des sciences des causes de l’ancrage de la foi, elles deviennent, dans l’esprit de certains jeunes, des sources de doutes. Je conseille donc à tous, et particulièrement aux étudiants universitaires, de suivre régulièrement des cours de savoir utile qui construisent la certitude, afin qu’ils sachent que l’islam, fondé sur des certitudes majeures, apporte des réponses à toutes les questions.
Nous demandons à Dieu de nous guider tous vers ce qu’Il aime et agrée. Paix soit sur vous et la miséricorde de Dieu.